dimanche 3 août 2008

La naissance des SELS et du JEU

Texte de Daniel Fargeas, tél. 04 68 29 40 89 ou daniel.fargeas@no-log.org

Le système des LETS est présenté en France en aout 94 par un représentant des LETS anglais lors d’une rencontre sur le thème de l’argent à Viols le Fort dans l’Hérault. Patrice Burger avait fait venir d’Angleterre un anglais pour nous parler de cette innovation: les systèmes d’échange locaux. Pour conclure un échange, celui qui recevait un service donnait en compensation à son partenaire un “bon d’échange” tout semblable à un chèque. Ce chèque était ensuite envoyé par lettre à un comptable qui traduisait à la main, dans son grand livre, cette information sur les comptes des partenaires.
J’avais en mémoire, depuis des années, le dessin de “l’Ile des Naufragés” de Louis Even. On y voit des petits personnages en combinaison de travail, devant un tableau noir. Ils réinventent la monnaie en notant publiquement les comptes de leurs échanges. J’ai essayé d’expliquer ce principe à un membre du C.A. (comité d'administration) du SEL de l’Ariège. La suggestion n’est pas passée. J’ai ensuite présenté l’idée à Jean Rocheron, président du SEL 66 au début de l’année 95.
Jean Rocheron vient me trouver un matin et me dit: “alors on la sort cette feuille de compte?” Nous nous sommes assis devant l’ordinateur et Jean a trouvé le nom “Feuille de richesse” . Cette feuille comportait une dizaine de lignes pour noter autant d'échanges.
Quand une feuille de compte personnelle était pleine, son propriétaire la postait au comptable qui devait la retranscrire sur le livre de compte de l’association.

3 Histoires de comptables
Notre premier comptable du SEL 66 recevait ces feuilles de compte à l’adresse de sa boite postale personnelle. Il avait quelque peine à mettre de l’ordre dans ses papiers. Les feuilles voltigeaient, éparses, sur la plage arrière et les sièges de sa voiture... Il n’arrivait pas à nous donner les comptes des partenaires. Les membres du C.A. étaient consternés. Ils se sont concertés puis ont demandé au comptable de rendre les feuilles. Notre héros nous a répondu que c’était “son SEL” et a refusé pendant des mois de transmettre les documents. Puis il a déclaré, devant la préfecture, avec sa femme, une association portant le même nom que la nôtre, SEL 66. La nôtre était “de fait”ou “non déclarée”. Sans doute a-t-il a essayé de recruter des adhérents en passant une annonce dans un journal local. Un jour j’ai reçu, d’un correspondant anonyme, une enveloppe pleine d’une dizaine de réponses à (publiée dans le journal local "El Punt", si je me souviens bien). J’ai rappelé ces dix personnes par téléphone. Il est apparu qu’elles avaient assimilé le système à un troc direct et aucune n’a été assez motivée pour payer les 20 F, demandés alors, pour inscrire son annonce dans le bulletin du réseau. Les feuilles de compte ont été enfin a peu près toutes récupérées grâce à notre ami Dan, un pilier du SEL qui s’est improvisé médiateur. Ça nous a bien occupé en C.A. pendant des mois et détourné des vraies questions.
A la fin du printemps 95, nous avons reçu la visite de deux membres du LETS de Brighton. Ils ont éclaté de rire en entendant notre histoire : leur comptable exigeait pour rendre les comptes que tout son travail lui soit payé en livres Sterling ... Tous les pacifistes et non violents de Brighton se sont mobilisés pour faire entendre raison à cet homme, sans beaucoup de succès à l’époque où nous en parlions.
Notre second comptable avait un esprit très pratique. Il participait régulièrement à toutes les réunions du Conseil d’administration. C’était souvent chez lui. Les réunions étaient “payées” en unités aux membres qui y participaient. SI je me rappelle bien, c’était de l’ordre de 150 unités par séance. C'était peu si l'on pense que les participants venaient de loin et que la séance durait plusieurs heures. C'était beaucoup, si l'on comptait 10 participants par séance, soit 1500 unités créées et injectées dans le réseau. Plus tard, je me suis demandé qu’elle était la richesse que recevait le réseau en échange . J’ai commencé à penser que le réseau se faisait pirater tout doucement par une équipe d’apprentis administrateurs...
Je rencontrais également souvent notre comptable lors de “bourses d’échange”. Il ne perdait pas de temps. Il était à l’affut et raflait tous les outils. Comme nous nous connaissions depuis longtemps, Il m’a confié : “Les outils, ça sert toujours”. Il les a entassé dans la cave de son immeuble pendant plusieurs années, puis à quitté le département...

Une histoire de fourmis
Nous arrivons en 97. Je vois à la télé une émission sur les fourmis. Les fourmis échangent des informations en frottant leurs antennes. Le commentateur explique que l’ordre s’installe dans la colonie par cet échange sans qu’il y ait besoin d’un centre et d’une hiérarchie...
L’idée fait sans doute son chemin. Un matin, je me réveille avec cette pensée: “introduis une case de plus sur ta feuille de compte sur laquelle tu noteras le solde de ton partenaire, et une autre case où tu noteras ses coordonnées. Et ton partenaire fera de même. Vous échangerez une information comme font les fourmis Si l’un de vous perd son carnet il peut retrouver son solde sur le carnet du partenaire. Le centre comptable n’est plus nécessaire....
Et, conséquence totalement inattendue, s’il n’y a plus de centre, il n’y a plus de frontière. Chacun peut se promener partout avec son petit carnet. Il peut faire des échanges où qu'il soit et visualiser son solde en temps réel. Il n'a plus d’excuse pour avoir un solde en négatif, c'est à dire pour consommer plus qu'il ne produit, véritable plaie des SELs. Nous pourrons examiner cet aspect en détail si vous me postez des commentaires.
Cette nouvelle feuille, "façon fourmis" est présentée à la rencontre des Vans en été 97.
Un participant à cette rencontre passe aussitôt me voir à Vingrau. Nous passons l’après-midi à échanger quelques idées et à cueillir des amandes.
Quelques jours plus tard je reçois un carnet de mon amateur d’amandes (il souhaite garder l’anonymat). Les cases vierges de ma feuille sont ont été l'objet d'un relooking intégrées qu'elles sont maintenant dans les pages d’un carnet de format semblable à celui d’un livret d’épargne. Quel luxe!
Je pond un texte pour présenter l’ensemble de l’idée. Ma correctrice en orthographe a l’idée de nommer ce système. Elle prend son dictionnaire et trouve le sigle J.E.U., Jardin d’Echange Universel. Ça sonne bien et j’adopte le mot dans une présentation en 4 pages que j’envoie en janvier 98 à tous les SELs de France.
Quelques temps après je reçois la visite de Roland Carbone. Nous faisons ensemble une promenade sur les petits chemins qui déservent les vignes autour de Vingrau. Nous identifions au passage quelques plantes sauvages. Roland pointe du doigt “l’herbe des Chtrounfs”, la salspareille. Effectivement les jeunes pousses de salspareille qui poussent après la pluie, au printemps, sont tendres et délicieuses et font de bonnes soupes et de bonnes salades.
Un peu plus tard, Roland cré “La Route de stages”. C’est aussi un bon outil de rencontre universel

C’est aussi l’époque où nait un peu plus tard, la “Route des SELs”

Avec le JEU, c’est l’individu qui se retrouve au centre . J'expose cette idée à Ghislaine Lanctôt et le carnet qui va avec, au cours d’un de ses séminaires en France. Ghislaine est l’auteur de plusieurs livres et conférences dont le best-seller “La mafia médicale”. De retour au Québec, Ghislaine présente le JEU dans ses conférences et dans ses livres (Voir http://www.personocratia.com/). Un groupe JEU de quelques centaines de personnes, se forme au Québec (entre autres site: www.monjeu.net)

Le développement du JEU est assez silencieux. De nombreux utilisateurs de carnet se manifestent au hasard des rencontres ou des coups de téléphone, J’apprend que certains SELs se servent d’une “feuille de richesses”, ou d’un carnet, depuis plusieurs années....
Aujourd’hui, en Août 2008, avec Internet on a une vision de cette progression. On obtient 57900 réponses en tapant “Jardin d’Échange Universel” sur Google. Un grand merci à tous les Webmasters qui participent à la diffusion des idées du JEU. Le court article, mis en ligne en mars 2004, ainsi référencé: www.sel-terre.info/article_pdf.php3?id_article=132 , est toujours d’actualité. On peut aussi allez voir http://www.sel-terre.info/article.php3?id_article=9#top

Les moyens d’échange disponibles sont listés sur : http://sel.leforum.eu/t85-CR-activites-2006-atelier et vous pouvez également bien sûr consulter le blog que je tiens à cette adresse: http://www.monnaiesassociatives.blogspot.com/

A propos de blog, connaissez-vous un blog où l’on puisse intervenir clairement sur le sommaire pour avoir une vision panoramique des titres des articles et pas seulement des dates comme c’est le cas pour “blogspot” de GOOGLE. Merci pour votre attention et pour vos commentaires

2 commentaires:

Stéphane Laborde a dit…

C'est très intéressant ! Pour ma part je défends le dividende monétaire ici : http://creationmonetaire.blogspot.com/2009/02/changeons-le-systeme.html

Je ne comprends pas avec votre système de carnet, ça reste un argent dette ? La somme de tous les soldes est nul non ?

Ce n'est pas une monnaie positive... Est-ce ?

Stéphane Laborde a dit…

http://creationmonetaire.blogspot.com/2009/03/video.html