jeudi 5 juin 2008

QUE FAIRE?

Texte de Daniel Fargeas initialement présenté sous forme d'un tract en juillet 94 sous le titre "L'argent associatif comptable, faite-le vous même."

Cessons de véhiculer des pensées fausses sur l’argent. Approfondissons et vivons ces notions. Que nous vivions seuls, en couple ou en groupe, il est possible de participer en permanence à la monté de symboles, de significations différentes. Oui, c' est possible d'être un peu plus conscient de cette élaboration permanente. Tel échange, tel coup de téléphone, tel regard que nous offrons, tel achat correspond-t-il à un nouvel ordre plus juste et plus humain. C’est pourtant vers cette clarté, cette certitude que nous devons nous diriger si nous ne voulons pas nous faire les complices du triste bazar dans lequel nous vivons. Notre indignation, notre sens de la justice, notre compassion peuvent nous venir en aide. Quelques idées, puis une multitudes d’actes quotidiens, simples, plus justes et vécus ensemble affermiront cette conscience nouvelle. Les projecteurs et les caméras des télévisions du monde entier sont aujourd’hui braqués sur les dirigeants. Ceux-ci, pris en sandwich entre une opinion publique mature et la maffia financière, ne pourront plus dire des âneries quand nous-même auront mis plus de clarté dans nos têtes et dans nos actions et transactions. Peut-être ces Pères Noël deviendront-ils un jour nos nouveaux “incorruptibles”, ces symboles de justice que nous nous aimons voir le soir, à la télé. Leurs représentations ne nous lassent jamais. C’est toujours le bon qui finit par triompher. Ca fait oublier les bébés qui crèvent à l’autre bout du monde dans les bras de mères affamées, ça nous apaise. Nous dormons heureux. Et si ça ne suffit pas les tranquillisants sont là pour ça.

Chaque monnaie peut devenir le symbole de l’identité d’un groupe
qui se reprend en main et s’organise face à la consommation de masse, de signes ou d’objets. Chacun a besoin de s’associer à une tribu, un clan, une famille culturelle et se sentir bien au chaud au milieu de ses croyances, de ses valeurs, de ses signes. Pour chaque groupe les signes seront différents mais la démarche est la même.: protection mutuelle et gratification mutuelle dans ce partage de signes et symboles semblables. Personne, n’échappe à ce besoin de chaleur et de gratification par le regard approbateur du compagnon ou du voisin. C’est aussi le même mécanisme dans un couple: gratification mutuelle (quand l’autre regarde ailleurs, évidemment ça fait mal et quelque-fois ça rend méchant, mais c’est une autre histoire).
L’argent, c‘est le signe de la sécurité bien sûr. Sécurité physique mais aussi relationnelle, c’est l’antidote pour le doute ... La recherche du toujours plus d’argent ressemble beaucoup à l’attitude du séducteur. C’est le besoin permanent de se narcissiser, de se sentir un peu mieux dans sa peau. C’est ce qui pousse l’homme à se battre pour recueillir ce signe universel de puissance qu’est l’argent mondial universel des financiers internationaux. Question : la satisfaction narcissique recueillie auprès d’un groupe restreint équipé d’une monnaie bien à lui, pourrait-elle faire pâlir l’attrait de la monnaie universelle? A quand une monnaie basque associative, ou catalane, ou marseillaise, ou la monnaie des footballeurs en retraite, ou celle des anciens élèves de..., ou la monnaie catholique ou musulmane ou kurde ???

lundi 2 juin 2008

La fraude est-elle possible avec le carnet du J.E.U. ? (Jardin d’Échange Universel)

Texte de Daniel Fargeas, 66600 Vingrau, Juin 08, tél. 04 68 29 40 89
ou daniel.fargeas@no-log.org

La fraude consiste à s’attribuer un bénéfice sans rien offrir en échange. La communauté s’appauvrit d’une consommation et ne s’enrichit pas d’une nouvelle production. Ceux qui s’attribuent des unités dans ces conditions se font donc entretenir par la communauté, comme des enfants mal éduqués ou des parasites.

La fraude ne lèse pas un individu en particulier mais seulement la communauté dans son ensemble. Pour être sensible , le phénomène doit se déployer massivement, sur un temps assez long et tromper la vigilance de la plupart des partenaires honnêtes. l est assez peu probable que ces conditions soit réunies dans le JEU avec son carnet de compte individuel si révélateur de l’état d’esprit de son porteur.

Il n’est pas simple de frauder avec de fausses écritures sur un faux carnet. Le fraudeur devra-t-il inscrire fréquemment de fausses petites écritures ou devra-t-il inscrire une grosse somme au risque d’attirer le regard? Surtout s’il sait que le carnet est un document public.
I En effet, l’expérience montre que la négligance et la désinvolture dans les inscriptions sur le carnet, sont plus à craindre que la fraude délibérée.

- Il y a pas de sécurité absolue dans une comptabilité, que le contrôle soit exercé par une comptabilité centrale classique avec registre et lignes de compte. Les “erreurs” sont toujours possibles. Surtout dans les associations naissantes où l’on est bien content d’accueillir le premier candidat qui se propose pour le poste. Dans l’histoire des réseaux SEL et LETS, j’ai même rencontré deux cas ou le comptable était devenu fou (voir note en bas de l’article)..

C’est surtout la peur, l’image du fraudeur que nous avons dans la tête . Cette peur nous fait plus de mal que les fraudeurs eux-mêmes. Cette peur freine notre élan et pénalise la communauté toute entière par des mesures de contrôle et de sécurité plus couteuses que la fraude elle-même..

“La fraude”. C’est même le premier argument que l’on présente à propos du carnet du JEU. J’ai toujours le souvenir du premier objecteur qui me dit vers 1995 : “Que feras-tu des faux carnets?” Je suis allé récemment chez lui en 2007. A l’entrée de sa propriété, on tombe sur le panneau portant l’inscription: “Attention, pièges”.

La fraude délibérée devrait être plus rare avec le JEU qui organise l’abondance, contrairement au système monétaire international qui organise la pénurie pour que la monnaie soit chère .
Un système qui curieusement emploi le même argument que les mafias qui nous proposent leur protection contre les fraudeurs ....
- Si une anomalie est détectée par un partenaire, celui-ci peut choisir d’éclaircir immédiatement la situation et poser des questions à la personne concernée. Si le doute subsiste ce partenaire est sans doute tenté d’éclaircir la question avec un tiers. Ainsi un groupe de personnes concernées par la bonne marche du système nait spontanément. Un groupe informel va vivre dans la concertation. Ce sera peut-être l’occasion de faire un bon repas ou de rencontrer de nouveaux amis.
- S’il y a véritablement fraude, je pense qu’ il suffit que la lumière soit portée sur les faits pour que les auteurs se retirent de la scène sur la pointe des pieds.

D’autres mesures semblent également possibles.
- Déclarer le carnet: “document public” que chacun peut consulter ou même photocopier.
- Porter sous les projecteurs sur un mode festif à l’occasion de marchés, bourses ou chantiers, les échanges intéressants, pittoresques ou pouvant figurer dans le “livre des records”. Les partenaires seraient alors invités à monter sur l’estrade pour développer devant tous les participants les péripéties, les difficultés et les joies de leur aventure...
- Des vérificateurs de carnet peuvent exercer des vérifications ponctuelles au moment des bourses et marchés et invitent inviter gentiment les négligants à remplir leurs carnets avec un peu moins de désinvolture.
- Les partenaires peuvent aussi s’inviter à plus de rigueur dans la tenue de leur comptes , au moment de l’inscription qui conclu l’échange .

- Les transferts de solde de l’ancien carnet sur le nouveau. peuvent être validés par un “parrain” ou “témoin”

- On peut faire signer, sur le carnet lui même, un engagement à n’utiliser simultanément qu’un seul livret et faire authentifier les livrets par un même “parrain”. Celui-ci pourrait conseiller, stimuler les nouveaux venus, les aider à rédiger ses offres, demandes, projets , rêves...
- Récupérer les carnets, une fois par an, lors de grands rassemblements et vérifier les écritures. L’inscription de la date de l’échange et du solde après transaction sur le livret de l’autre partenaire peut permettre de faire des comparaisons entre le partenaires
- Numéroter les pages du carnet pour éviter la substitution d’une page portant un débit important par une page vierge.

Le jeu (de la fraude) en vaut-il vraiment la chandelle? Le risque étant l’auto-exclusion du fait de se sentir honteux d’être surpris en train de parasiter un groupe alors que ce groupe est tout disposé à faire un effort de solidarité pour tous ceux qui sont en difficulté..

Le “Carnet du JEU” (que j’ai “lancé sur le marché” en 98) est un outil de liberté à plusieurs niveaux. Si la peur de l’autre est nécessaire à notre équilibre ou à notre identité, conservons cette peur, participons à un SEL bien carré où toutes les lignes de compte sont parfaitement traçables. Si nous avons envie d’explorer d’autres voies et de nous offrir des vacances (au propre comme au figuré), offrons nous un carnet (et même voyageons avec). Emportons la liste des partenaires du JEU que j’édite et qui comporte 2000 annonces (soit 180 pages env.) pour la France, en 2008). Je suis persuadé que ce carnet du JEU va dans le sens de l’évolution. Ce sont les individus qui créent l'argent.

En résumé:
La richesse et ses symboles monétaires appartiennent aux personnes et au groupe. L’échange est fondé sur notre faculté d’établir des accords. Mais pas seulement. Notre désir de nous rencontrer, nos rêves, notre amour sont des moteurs de la rencontre... A chaque désir, à chaque rêve , à chaque accord, les partenaires sont co-créateurs des richesses échangées. La prise de conscience du caractère créateur de nos désirs, de nos rêves, de nos accords, nous donne l’énergie d’affirmer notre souveraineté sur la création des unités de valeur qui correspondent à ces richesses. Nous revendiquons donc le droit d’échanger librement et inconditionnellement, comme un droit de l’homme, un droit de naissance, un droit lié à notre condition humaine. Il n’est pas nécessaire d’acheter un droit que nous possédons déjà par une adhésion ou toutes autres conditions (comme l’acquisition d’un gros tas d’or). Une instance comptable extérieure n’est plus nécessaire.
Former un groupe de personnes est aussi une richesse. Ces personnes par leurs différences , leurs complémentarités et leurs échanges, vont créer et partager cette richesse , et vont cristalliser leur identité par des signes culturels et monétaires.

Note: Comptable fou
Il était une fois, un comptable (le premier du SEL 66). A l’époque (en 1994), quand une feuille de compte personnelle était pleine, son propriétaire l’expédiait par la poste au comptable qui devait la retranscrire sur le livre de compte de l’association. Ce comptable recevait ces feuilles de compte à l’adresse de sa boite postale personnelle . Il avait beaucoup de peine à mettre de l’ordre dans ses papiers. Il n’arrivait pas à nous donner les comptes. Les feuilles voltigeaient, éparses, sur la plage arrière et les sièges de sa voiture... Les membres du C.A. (comité d'administration) consternés se sont concertés. Ils ont demandé au comptable de rendre les feuilles. Brimé dans ses ambitions de créateur de SEL, le héros de cette histoire a refusé pendant des mois de transmettre les documents, puis a déclaré, devant la préfecture, avec sa femme, une association portant le même nom que la nôtre, SEL 66.. La nôtre était “de fait”ou “non déclarée”. Puis il a essayé de recruter des adhérents en passant une annonce dans un journal local ("El Punt", si je me souviens bien). Un jour j’ai reçu, d’un correspondant anonyme , une enveloppe pleine d’une dizaine de réponses à cette annonce. J’ai rappelé ces dix personnes par téléphone. Il est apparu qu’elles avaient assimilé le système à un troc direct et aucune n’a été assez motivée pour payer les 20 F demandés alors pour inscrire son annonce dans le bulletin du réseau. Les feuilles de compte ont enfin a peu près toutes été récupérées grâce à notre ami Dan, un pilier du SEL qui s’était improvisé médiateur. Ça nous a bien occupé en C.A. (comité d'administration). pendant des mois et détourné des vraies questions. Au même moment nous avons reçu la visite de deux membres du LETS de Brighton. Ils ont éclaté de rire en entendant notre histoire : leur comptable exigeait pour rendre les comptes que tout son travail lui soit payé en livres Sterling ... Tous les pacifistes et non violents de Brighton se sont mobilisés pour faire entendre raison à cet homme, sans beaucoup de succès à l’époque où nous en parlions.
C’est peut-être depuis ce jour que je me méfie des comptabilités centrales.

Commentaire d’Odette Linke : “Aujourd'hui j'ai passé une heure au verger avec 8 bénéficiaires des restaus du cœur à qui j'ai proposé de venir gratis ramasser des prunes.Aucun n'a fait quelque chose qui aurait pu m'être utile, beaucoup de fruits ont été piétinés.J'ai fortement pensé à ce qui se passe quand un bout de métal a été tordu et qu'on essaye de lui redonner sa forme initiale. Avec les échanges commerciaux actuels nous avons perdu beaucoup de notre fraicheur et l'essentiel, le vital, sont noyés dans une sorte de brouillard. Rien d'étonnant que quelques uns ne soient plus capables de comprendre que "les bons comptes font les bons amis”. Je pense aussi qu'il est illusoire de penser qu'il existe un système d'écriture ou de sanction capable de mettre fin à la fraude, je crois bien plus à une régulation qui s'installerait grâce à des rapports humains moins anonymes et peut-être aussi par une diminution du désir d'avoir. Je crois que c'est là qu'il faudrait mettre l'accent dans nos petits groupes. En tout cas merci de ton travail. A bientôt, Odette Linke.” linkefrankodette@free.fr

le Nouveau carnet du J.E.U. 2008, à la pointe de vos stylos...

Pour faire l'argent soi-même dans le Jardin d’Echange Universel avec le carnet de compte personnel.
une idée de Daniel Fargeas, 666600 Vingrau, 1er Juin 08
tél. 04 68 29 40 89,
daniel.fargeas@no-log.org
le carnet de compte personnel
le carnet du J.E.U. 2008...

Ce carnet nous permet de garder une trace de chaque échange et nous assure, en temps réel, de ne pas consommer plus que nous produisons. C’est le principe de "l’argent à faire soi-même”.
Autrefois, dans les LETS et les SELs à leur origine en 1994, la comptabilité des points était assurée par une comptabilité centrale. Les services d'un "comptable " des points était nécessaire. En proposant que chacun tienne ses compte sur un carnet de compte personnel, nous simplifions l'administration du réseau et faisons tomber les frontières. Un utilisateur français peut échanger au cours de ses voyages en France ou à l'étranger avec un autre utilisateur de carnet .

Le modèle utilisé jusqu'à présent est né il y a 10 ans. Il n'a pas changé depuis. Il me parait même étonnant que de nouvelles versions ne soient pas apparues. Il ne serait pourtant pas sacrilège d'imaginer un modèle plus pratique et offrant la même sécurité dans la traçabilité de l'information. On pourrait même imaginer un modèle comme celui qui suit, facile à dessiner en trois ou quatre coups de stylo bille. Un modèle que des enfants à l'école pourraient s'approprier... un modèle tellement façile à façonner qu'il serait impensable d'essayer de l'acheter....

Voici une proposition. Seul le format change. Nous disposons simplement d’un peu plus de place pour nos inscriptions et nous sommes un peu plus autonome. Ça donne un petit élan supplémentaire pour démarrer plus vite et faire des échanges.

Prenons un carnet, n'importe quel carnet. Le format du carnet de chèques convient très bien (mais personne ne vous oblige à choisir un carnet de chèques, vous pouvez prendre nimporte quel vieux carnet). Le format du carnet de chèques est pratique parce qu'il se glisse même dans la poche d’une chemisette, d'un veston ou d'un pantalon. C'est un format international qui semble même plus pratique que le format "livret d'épargne" que j'avais choisi en 98. Si vous avez un carnet de chèques, vous remarquerez que le dos des chèques est vierge ....

Traçons donc sur une page du carnet de notre choix; 2 traits verticaux et 2 traits horizontaux.
Nous obtenons ainsi 9 cases pour inscrire les données de chaque échange:
A, B, C
D, E, F
G, H, I
- Dans case A on inscrit la “dâte de l’échange”.
- La case B est consacrée aux “Nom prénom, surnom du partenaire”
- Dans la case C , c’est le “Montant de l’échange en lettres”
- Dans la case D nous inscrivons la “Nature de l’échange”.
- Dans la case E on a de la place pour noter le “téléphone et l’adresses du partenaire”.
- Dans la case F on note le “montant de l’échange en chiffres” (dans la colonne de droite, C.F.I. on peut tracer quelques fines lignes verticales pour permettre d’aligner les chiffres des unités et des dizaines et éviter les erreurs de soustraction ou d’addition)
- Dans la case G on note le “solde du partenaires en chiffres et en lettres.
- Dans la case H on peut inscrire les adresses des mails, sites ou blogs du partenaire. Ce sera une bonne occasion pour prendre le temps de rencontrer notre partenaire. C’est souvent plus important que l’aspect matériel de l’échange. Pour les petits échange qui ne justifient pas toute cette cérémonie des inscriptions , nous pourrons nous offrir le luxe de faire un cadeau ou de sortir une pièce de notre poche.
- Dans la case I , en bas à droite, on inscrit notre “solde après l’échange”. En repliant la feuille que nous avons précédemment rempli nous faisons coïncider le bas de cette feuille avec le haut de la feuille suivante et permettre à nos chiffres de s’aligner.
on peut aussi tracer 2 traits verticaux et Un seul trait horizontal. On obtient alors 6 cases au lieu de 9. Ça offre l'avantage de la simplicité. Il faut essayer de voir si ça marche. L'usage sélectionnera la disposition la plus pratique.
Dites-moi ce qui vous convient le mieux.

Ce nouveau carnet est pour moi l’occasion de rappeler que l’entrée dans le JEU est gratuite, il n’est pas possible de demander des frais d’inscription ou d’adhésion à quelqu’un quand on comprend que chacun fait de la monnaie à chaque échange s’il en garde la trace. Ce n’est pas un privilège qui peut s’acheter. Nous sommes tous dans le JEU dès notre naissance simplement parce que nous sommes en vie, conscient, responsables de nos accords. On n'achète et ne vend pas un droit de naissance.

Les inscriptions sont croisées. Chacun écrit dans le carnet de son partenaire.

Renoncons provisoirement à un échange sur un carnet mal tenu ou dont le solde est depuis trop longtemps négatif. La désinvolture dans la tenue d’un carnet permet de juger du niveau de compréhension et d’exigence de son propriétaire. Nous ne sommes pas obligé de faire des échanges dans l’urgence. Nous pouvons d’abord échanger nos carnets, faire connaisance en commentant les diverses opérations qui y sont inscrites. Aidons plutôt patiemment le partenaire à mettre de l’ordre dans ses écritures et dans l’équilibre de ses échanges. En attendant, il est possible de lui faire un cadeau ou utiliser une autre monnaie qui ne nécessite pas d’écriture dans le carnet du JEU... qui est un document public, par définition.

La case “Solde du partenaire” est très importante: 1) elle permet de retrouver notre solde en cas de perte ou vol de notre carnet (en contactant notre dernier partenaire), 2) elle permet de nous assurer que nous respectons la règle essentielle dans le JEU: “pas d’échange avec un carnet du JEU si l’échange met le partenaire en solde négatif”. Un échange privé de gré à gré reste possible dans ce cas. Je recommande de ne pas intervenir sur le carnet du JEU quand votre solde ou celui de votre partenaire risque de devenir négatif.
Dans certains groupes ou le niveau de conscience et d’éthique est plus élevé que la moyenne des SELs en France, cela se fait naturellement, semble-t-il. Un consensus tacite s’établit sur l’évidence pour le groupe d’adapter sa consommation à sa production.

Sur le carnet initial j'avais indiqué en très petit caractère (corps 5 ou 6) les légendes correspondantes à chaque case. Une solution consisterait maintenant à imprimer ces légendes sur un volet repliable de la couverture du carnet. Un volet qui serait toujours visible.

Vos commentaires sont très bienvenus et vous permettent de contribuer à l’élaboration du système JEU. Merci à l’avance pour votre participation.
----------

mercredi 30 avril 2008

D'où l'argent tire-t-il sa valeur et sa légitimité ?


D’où l’argent tire-t-il sa valeur et sa légitimité ?


Texte de Daniel Fargeas, tél. 04 68 29 40 89
extrait du blog

http://monnaiesassociatives.blogspot.com/'

-------------------------------------------------------------------------
Ghislaine LANCTOT a refusé sa libération de prison après qu’elle ait précédemment refusé de payer ses impôts (d’après personocratia.com). C’est en effet le site de Ghislaine LANCTOT, auteure de la Mafia Médicale et de Que diable suis-je venue faire sur cette terre?). Rendons hommage à son courage.
"Ghis", comme elle aime se faire appeler maintenant, nous explique : “au-delà de la peur, la seule et vraie autorité est intérieure; seule la personne est souveraine ...et diessique”. entretien avec Ghislaine sur http://audio.corusquebec.com/985fm/129311.mp3

Ghislaine fait ce que nous aurions pu faire depuis 1924 quand Clifford Hugh Douglas, (1879-1952) ingénieur écossais, publie le “Social Credit” et nous fait comprendre que la terre et le progrès sont notre héritage à tous et justifient que nous recevions chacun “un dividende social” égal de notre naissance à notre mort. Depuis lors, seule notre apathie ou inconscience nous fait subir un système financier qui nous prête contre intérêt de l’argent qui, en fait, nous appartient. L’argent en effet n’a de valeur que s’il peut acheter les richesses du monde dont nous sommes les héritiers, les co-créateurs et les co-propriétaires.

L’argent, n'est que le reflet symbolique des ressources du monde, c'est aussi une création, une représentation de notre esprit, de notre culture. La monnaie n’est que l’ombre des richesses du monde sur l’écran de notre commun accord. Ce commun accord, autrement dit, notre confiance, est nécessaire pour donner valeur à la monnaie, à l’argent. Le système financier gère notre monnaie, il ne la créé pas, et avec notre parfaite passivité. Nous sommes tous complices et nous marchons tous dans la combine comme un seul homme, gardant des Euros ou des dollars dans notre poche. Il nous reste une seule alternative: apprendre à gèrer nos monnaies, d’abord au niveau associatif, le plus simple, puis local, puis régional et international.

Les financiers mériteraient peut-être une commission (s’ils ne s’étaient pas déja largement payés) pour s’occuper si complaisamment de la gestion de notre monnaie (encore que leur compétence dans la gestion de notre patrimoine climatique et dans la paix du monde soit à la hauteur de notre passivité.

Tout le monde sait bien que les prêts consentis par les financiers aux états pour faire de “justes guerres”, génèrent des profits gigantesques par les intérêts des “prêts” accordés aux gouvernements et qui deviennent autant de dettes pour les contribuables.

L’escroquerie est “abracadabrantesque”. Elle est du même ordre que les marchands de médicaments ou de vaccins qui prétendent nous vendre une santé qui s’est lentement élaborée au cours de millions ou milliards d’années d'évolution, en relation avec notre biotope.

Ghis est en dessous de la vérité quand elle dit “Les financiers créent l’argent à partir de rien”. C’est encore pire. Les financiers gèrent seulement l’argent, ils ne le créent pas. L'argent fait partie du corps et des pensées et de la culture de l'humanité. Quelqu'un peut-il prétendre nous faire payer l'usage de nos bras ou de nos têtes? A qui nos bras, nos têtes, nos pensées et l'argent qui en découle, appartiennent-ils?

Ce n’est pas l’or qui donne sa valeur à nos monnaies. C’est la planète toute entière avec ses habitants (actuels et passés qui contribuèrent à cette richesse) qui donne son existence et sa valeur à la monnaie.

Avec notre incompréhension, notre résignation, notre futilité, notre accord, notre complicité, nous nous laissons lentement déposséder de nos vies....

dimanche 27 avril 2008

Le réseau global d'échange d'Argentine, huit ans après

Article d'Eloïsa Primavera recueilli sur http://grit-transversales.org/article.php3?id_article=236
Veuillez vous reporter à cette adresse pour profiter des liens qui y sont inclus


Il a huit ans, je présentais à Paris l’expérience des réseaux de troc en Argentine, qui réunissaient à l’époque une centaine de milliers de membres à travers tout le pays. Ceux-ci échangeaient régulièrement des produits et services de tout type pour réagir à la crise de l’emploi qui touche depuis lors la classe moyenne. Nous étions conscients de la spécificité de l’expérience Argentine, par rapport à la plupart des SELs développés en France, Belgique et aux Pays Bas. Nous avons même cru à l’époque qu’une révolution était en train de se bâtir, car nous sentions que le Marché pouvait être maîtrisé... Pourquoi le nier ?

En 2001, l’expérience argentine, qui entre temps avait été introduite au Brésil, en Uruguay, en Bolivie, au Chili, Équateur et en Colombie, était présentée dans le cadre du Forum Social Mondial à Porto Alegre (Brésil). Le chantier "Monnaie Sociale" au sein de l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire naissait à cette occasion. Le titre de notre texte de lancement - "Monnaie sociale : permanence opportune ou rupture de paradigme ?" - met en évidence l’espoir et l’ampleur de la démarche qui commençait.
Mais, que s’est il passé depuis ?

En Argentine, des multiples réseaux ont continué de se former jusqu’à atteindre le nombre de 10.000. Ces groupes étaient présents dans toutes les provinces et 6 millions de personnes (sur une population totale de 36 millions) ont déclaré participer, plus ou moins activement, à ces échanges non monétaires. Puis des raisons, sans doute multiples, ont mené le système à son écroulement en Septembre 2002. L’article que j’écrivais à l’époque "Richesse, argent et pouvoir : l’éphémère « miracle argentin » des réseaux de troc" tentait de fournir une approche moins naïve que ce que des chercheurs et journalistes de passage ont cru comprendre. L’origine de la crise des réseaux de troc est survenue un an avant la crise financière argentine et ses raisons ont été plutôt idéologiques que strictement "financières". Deux modèles ont commencé a se battre à l’intérieur des groupes : l’un qui voulait "faire des affaires", et se transformer en "Banque Centrale", l’autre - utopique - qui prétendait redistribuer la richesse et éliminer "l’argent marchandise". Actuellement, à l’occasion d’une thèse de doctorat, nous réorientons nos recherches sensiblement, pour tenter de répondre à la question "Comment ces systèmes ont-ils été possibles" plutôt que "Pourquoi l’écroulement a-t-il eu lieu ?".

Au Brésil, à partir de 2003, le gouvernement progressiste a promu un mouvement d’économie solidaire, mouvement au sein duquel les monnaies sociales paraissaient trouver le terrain idéal pour se développer. Mais la réalité est que ce développement est bien trop lent, par rapport aux besoins des populations. Comment expliquer cette lenteur sous des auspices pourtant favorables ?

En tentant de répondre, non sans une dose de provocation, à ces deux questions portées par les expériences argentine et brésilienne, nous renouvelons notre engagement dans l’avenir de ce mouvement. Au delà de sa difficulté à s’installer durablement, celui-ci apparaît au final bien plus contre-hégémonique qu’on ne le croyait.
Changer l’argent ? Ou simplement en faire profiter plus de gens ?

La pensée de , Margrit Kennedy et Bernard Lietaer nous éclaire fortement sur quelques "culs de sac" peu visibles, à l’intérieur de l’économie et des politiques sociales. D’un coté, Bernard Lietaer (The future of money, 2001) a proposé une approche particulièrement fertile du phénomène de l’argent en montrant que l’économie elle-même est née dans le paradigme de la rareté, l’argent étant lui-même partie du système... Margrit Kennedy, à son tour, a indiqué comment se sortir de ce pêché originel en reconnaissant que les taux d’intérêt bancaires (simple et composé) rendent le système financier insoutenable du point de vue de son évolution dans la durée. (Interest and inflation free money. Creating an exchange medium that works for everybody and protects the earth, 1996). Ces deux auteurs croient aux monnaies complémentaires, comme porteuses de solution pour les crises du système financier international. Conviction que nous partageons.
Si le chemin est si clair, pourquoi est-il tellement difficile d’y parvenir ?

... nous avons été en contact avec de multiples systèmes de monnaie complémentaire partout dans le monde. La quasi-totalité soutenait jouer le rôle d’une monnaie sociale et solidaire, en poursuivant comme objectif une redistribution de la richesse au lieu de sa concentration. Entre temps, c’est la richesse elle-même qui a été redéfinie : le Produit Intérieur Doux a été découvert... L’économie solidaire a été considérée comme une stratégie alternative au développement intégral et durable, elle a multiplié ses initiatives, mais... les monnaies complémentaires ne se sont pas développées à la mesure de nos efforts.

Pour citer un exemple familier pour un public francophone, si nous pensons à une définition possible d’un SEL, que serait-elle ?

* Un groupe de personnes qui s’entraident : chacun produit et consomme à l’intérieur du groupe
* L’argent est remplacé par une monnaie créée par le groupe : une monnaie qui devient de facto sociale et solidaire
* Finalement, tous épargnent de l’argent officiel car il n’y est pas utilisé...

Si, de l’autre côté, nous trouvons au sein de l’économie solidaire des processus de :

* Contrôle des moyens de production par les travailleurs
* Autogestion des entreprises par les travailleurs
* Accès au crédit favorisé par les politiques d’État
* Distribution équitable de l’excédent

Il est aussi nécessaire de tenir compte du fait que ces initiatives doivent :

* Donner la priorité au marché intérieur (au moins aux besoins de base)
* Intégrer tant les individus, les groupes, les communautés que la nature dans son processus

Ces conditions sont-elles réalisables simultanément ? Les acteurs impliqués, se connaissent-ils? Les coopératives, petites et moyennes entreprises d’autogestion, les boutiques du commerce équitable, les finances éthiques, les monnaies sociales, la consommation responsable, le développement durable, se sont-ils rencontrés et ont-ils ouvert un dialogue fertile indispensable à leur réalisation ? Voici les questions essentielles qui sont devant nous et dont nous constatons qu’elles ne sont pas prises en compte par les différents acteurs sociaux, eux-mêmes enfermés dans le "paradigme de la rareté" attaché à chaque projet, à chaque dynamique...
Et si nous posions le regard ailleurs, où serait le bon endroit ?

A partir des constats tirés de la crise argentine et de la lenteur du processus brésilien (que nous avions pourtant cru porté par de nombreux facteurs de succès), nous avons radicalement changé de point de vue et sommes passés du paradigme de la rareté au paradigme de l’abondance. En effet, nous avons constaté que les initiatives durables partageaient quelques caractéristiques, telles que l’engagement permanent et soutenu dans la durée, la multiplicité d’acteurs et la variété de projets tournés vers la communauté, plutôt que vers des individus. Au-delà des projets rationnels, et de leur planification, de l’utilisation optimale des ressources, la durée reste la clé de voûte de toute aventure de transformation.

Partant de ces constats, le Projet COLIBRI a été conçu en 2003, projet qui commence à montrer ses résultats, certes embryonnaires mais stimulants. Il a pour objectif la formation d’agents multiplicateurs de projets de développement local intégré et durable, appuyés sur une large éventail de stratégies.

Dans le cadre de ce projet, plusieurs initiatives ont été lancées en Argentine et au Mexique, pour promouvoir ET ARTICULER DANS LE TEMPS, DANS N’IMPORTE QUEL ORDRE :

* La réactivation des ressources locales : soit à partir de projets en cours, soit à partir de la création de nouveaux projets. Il s’agit de renouer avec l’utopie, malgré tout...

* L’utilisation de systèmes alternatifs de financement, tels que le micro-crédit, les fonds rotatifs, les finances éthiques.

* L’introduction de systèmes d’échanges non monétaires, tels que les monnaies sociales, les SELs/LETS, les banques de temps, ou le "troc" direct.

* L’adoption des formules de gestion partagée État - Société civile, telles que le Budget Participatif (inspiré de Porto Alegre) et d’autres projets de co-gestion qui ont déjà montré leur viabilité.

Est-ce encore un nouveau rêve ? Ou sommes-nous sur une piste tangible ?
Après avoir vécu l’expérience argentine, nous croyons absolument au fait que rareté et abondance ne sont pas des données objectives de la réalité de la planète, mais différents paradigmes dans lesquels nous choisissons de vivre . Et nos recherches ont montré que le langage est bien imprégné de l’un ou l’autre de ces paradigmes.

Ainsi, si nous nous arrêtons trop souvent à observer les conflits, si nous leurs cherchons des coupables, ou de belles théories de la conspiration, si nous croyons par-dessus tout à notre savoir d’experts, nous serons inexorablement confrontés en permanence à une série de problèmes, car toutes ces attitudes appartiennent au paradigme de la rareté...

En revanche, si les différences nous semblent légitimes (pas seulement tolérables), si nous cherchons plutôt notre propre responsabilité dans l’état actuel des conditions de vie de nos sociétés, si nous préférons les résultats construits en consensus (difficiles à obtenir, sans doute) à ceux que génèrent les conflits, nous serons alors impliqués en permanence dans des projets, des constructions alternatives qui cherchent cet autre monde possible...

À notre avis, et au risque de paraître naïve, ce dont nous avons besoin par-dessus tout ce n’est pas de changer la monnaie, mais de radicaliser la démocratie. Il faut trouver les moyens d’oser le faire ! Il faut être capable de penser que nous sommes a la fois chacun et tous responsables du maintien de la rareté de nourriture, là où elle en manque...

Il faut penser que nous sommes capables de renoncer à notre héritage matériel, aussi bien de celui venu de nos parents qu’envers nos enfants. Il faut pratiquer un commerce équitable avec les petits commerçants du quartier plutôt que d’acheter "moins cher" dans les grandes surfaces. Il faut être capable - chacun d’entre nous- de créer des opportunités pour les chômeurs proches de nous d’accéder à des petites "banques éthiques"...

Il faut OSER - en permanence - proposer des mesures de changement, plus ou moins radicales, plus ou moins libres, peu importe. Des propositions toute à la fois radicales et libres. Nous pouvons commencer par découvrir le paradigme de la rareté chez nous-mêmes et construire chaque jour des propositions pour vivre, en permanence, dans le paradigme de l’abondance... pour tous....

Heloísa Primavera, biographie



Article extrait du site grit-transversales.org/auteur.php3?id_auteur=78


Je suis née au Brésil et vis en Argentine depuis 1968. J’ai fait mes études en Biologie à Sao Paulo et une spécialisation en Biologie Moléculaire et Neurophysiologie en France. L’essai de fusion de ma profession avec ma militance sociale et politique m’a mené à faire une Maîtrise en Sciences Sociales et à écrire une thèse sur "Péronisme et changement social" ; j’ai été dirigée par le Professeur Darcy Ribeiro, l’un des auteurs dont la pensée a contribué à mon ouverture à la Grande Patrie d’Amérique Latine. Depuis, j’ai fait une formation approche systémique avec W. De Gregori au Brésil, puis en epistémologie constructiviste linguistique avec les créateurs de l’Ecole de Santiago (H.Maturana, F.Varela et F. Flores).

Comme consultante, je travaille dans le domaine de l’analyse organisationnelle, la mise en marche et évaluation de projets sociaux pour des organisations publiques et privées, tels que le PNUD, la BID et la CEPAL.

Professeur à la Maîtrise en Administration Publique à la Faculté des Sciences Economiques de l’Université de Buenos Aires, j’y suis candidatte au Doctorat, à partir d’une recherche sur les « Monnaies complémentarias et l’économie sociale en Argentine : contributions de l’epistémologie constructiviste ».

Engagée dès 1996 dans la promotion des réseaux de troc avec monnaie sociale en Amérique Latine, j’anime depuis 2000 le groupe de travail sur Monnaie Sociale du PSES - Pôle de Socioéconomie Solidaire de l’Alliance pour un Monde responsable, pluriel et solidaire ; avec Philippe Amouroux, Laurent Fraisse, Marcos Arruda et Yoko Kitazawa j’intègre l’EGA - Equipe Global d’ Animation du PSES, qui gère actuellement 13 groupes de travail à niveau international.

Avec des collègues d’huit pays de la région, j’ai été co-fondatrice du RedLASES - Réseau Latinoaméricain de Socioéconomie Solidaire en 1999, qui anime actuellement le Projet COLIBRI, dont l’objectif principal est la formation et mise en réseau de 1500 promoteurs du Développement Intégré et Durable en Amérique Latine, cofinancé par la FPH (Fondation Charles Léopold Layer pour le Progrès de l’Homme), Suisse, la Fondation pour la Qualité et la Participation et le Laboratoire pour l’Innovation Sociale, Argentine.



A Buenos Aires, l’économie sociale trouve sa place à la Faculté d’économie


Il aura fallu sept ans à Heloïsa Primavera, professeur à l’Université d’économie de Buenos Aires, impliquée dans le développement des réseaux de troc, pour légitimer une approche sociale et transdisciplinaire de l’économie dans un cadre d’enseignement et de recherche.

Philippe JACQUOT

12 / 2001

Le cloisonnement universitaire des disciplines est une constante mondiale. En Argentine, comme ailleurs, la science-économie ne veut pas entendre parler des sciences politiques, qui ne veulent pas entendre parler de la gestion... Lorsque Heloïsa Primavera obtient la création d’un programme de formation de managers sociaux, en 1993, à la Faculté nationale d’économie de Buenos Aires (80 000 étudiants parmi les 300000 que compte l’université, toutes matières confondues), cela fait cinq ans qu’elle tente de faire entrer la dimension sociale dans l’enseignement de l’économie. "Manager social, un double scandale", ironise Heloïsa Primavera. D’un côté, le politologue ne peut supporter de voir le social parasité par le concept privé de management, de l’autre, l’économiste ne peut intégrer dans sa grille de réflexion la variable sociale. Le programme naît donc en 1993, face à la nécessité, pour l’université, d’évaluer les aspects propres à la sphère sociale (éducation, santé, retraite) de la crise financière argentine. Heloïsa Primavera enseigne depuis 1984 dans un Master d’administration publique chargé de former des haut fonctionnaires. C’est dans le cadre de ce diplôme, lui-même inclus dans le programme de formation et de modernisation de l’Etat, que la formation de manager social est intégrée. Heloïsa organise tout de suite un travail transdisciplinaire reliant l’économie au social, au politique, à la gestion. Cette transdisciplinarité se superpose à la diversité en âge et en expérience des étudiants : économistes, mais aussi sociologues, médecins, politologues. Depuis cette première incursion du social dans l’enseignement de l’économie, plus de vingt cours similaires ont vu le jour dans différentes universités argentines. La ligne de force de cet enseignement est de développer une conscience de la responsabilité sociale globale des fonctionnaires dans les procédures d’administration publique. Jusque-là, en effet, dominait l’idée d’une responsabilité réduite à la tâche de chacun des fonctionnaires. Plus largement, l’approche sociale intègre trois types de responsabilité au sein de l’administration : une responsabilité à court terme vis-à-vis de la gestion de projet, une responsabilité à moyen terme vis-à-vis de la politique fiscale, une responsabilité à long terme vis-à-vis de la construction d’un nouveau modèle de développement social. Mais la légitimation d’une implication du social dans l’économie universitaire passe par la modification de la base de la théorie économique. Il faut rompre avec le critère de rareté qui caractérise la monnaie, une rareté fondée sur le monopole d’émission que détient l’Etat. La monnaie sociale, entorse populaire à ce monopole, vient ébranler le cercle vicieux de la crise financière, qui fait "disparaître" la monnaie officielle, alors que la matière première, les moyens de production et la force de travail continuent à exister. Au sein de groupes locaux, une nouvelle unité monétaire est créée, des billets émis et une activité économique et sociale peut de nouveau se développer.

Une deuxième étape, capitale dans ce processus de reconnaissance universitaire, consiste dans la création d’un Département de recherche et développement en théorie monétaire et économie sociale, formellement acceptée au mois de mai 2000. Le département traite en premier lieu, sous forme d’étude de cas, des réseaux de troc et de monnaie sociale. Ces réseaux ont explosé à partir de 1997-1998, dès lors que le pouvoir politique s’accommodait de ce système en tant que moyen de lutte contre la pauvreté. Peu importe que la monnaie sociale court-circuite le circuit financier national. Les réseaux de troc concernent aujourd’hui vingt millions d’Argentins. Des municipalités et des provinces comme celle de Santa Fe acceptent même de prélever l’impôt en monnaie sociale. Dernière décision en date, en décembre 2000 : le secrétaire d’Etat à l’Industrie, au Commerce et à l’Emploi de la province de Buenos Aires a signé une convention de diffusion avec les réseaux de troc. Depuis, le nombre de réseaux a doublé. Aujourd’hui, à travers ce développement de la monnaie sociale et de ces outils universitaires, on peut envisager qu’un débat de fond sur la théorie économique est entamé. Acte fort de sa jeune existence, le Département de théorie monétaire et économie sociale sortira au printemps 2002 son premier ouvrage : un recueil d’expériences de réseaux de troc. Si la plupart des économistes voient dans la monnaie sociale un simple palliatif à la crise, d’autres appuient l’idée que la crise révèle le cul-de-sac dans lequel se trouve la théorie économique et monétaire et qu’il est temps de changer la donne. Et même si les premiers ont raison, Heloïsa Primavera leur répond que s’ils arrivent à vivre sans les réseaux de troc, beaucoup auront vécu, un temps, grâce à eux.